L’offrir, surtout seule, c’est apporter son affection. C’est comme elle dire : « je pense à vous » et ajouter : « souvenez-vous de moi ». Mais la pensée nuance ses messages selon ses couleurs rares. Violette, elle invoque « l’amour et la confiance », pourpre, « les sentiments profonds », jaune, « l’espoir du bonheur », blanche  « l’estime  et le respect ».

  Sans doute parce que les Grecs la consacraient à Minerve, déesse des combats et patronne des activités artisanales, la pensée se montre pleine d’assurance et prône le goût du travail bien fait.

Peut-être  parce que sa couleur a longtemps été considérée comme celle du deuil, juste après le noir. Ou parce qu’elle a si souvent orné les cartes postales accompagnées de sempiternels jeux de mots sur son nom, elle peut sembler triste et démodée.

Pourtant elle ne laisse pas indifférent et mérite qu’on regarde de près son visage de velours, petit visage mystérieux tourné vers celui qui la cueille. Il semble poser plus de questions qu’il n’envoie de messages.

Des questions qui voguent au fil de l’eau sur le tableau du peintre préraphaélite John Millais illustrant une scène de Hamlet. La pauvre Ophélie, avant de disparaître dans l’eau sombre, y tient encore à la main le bouquet de pensées refusées par son frère Laerte.

 

Viola x wittrockiana « je pense à vous »

 

Texte : Nicole Parrot

La Maison Rustique, Flammarion