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Le
pavot
Attention, ne succombez pas
à son charme. Cette large corolle épanouie, du rouge le plus
rouge, avec son cœur noir et ses pétales diaprés alanguis, à
demi froissés comme la soie la
plus fine, ne passe pas inaperçue dans un jardin. Le
pavot nous dit : « j’apporte la surprise ».
Tentant. Mais dangereux. Ne l’écoutez pas quand il vous
affirme : « je vais plus loin que l’amour ».
Bouchez-vous les oreilles quand il vous propose de stimuler vos
facultés créatrices, de vous apaiser ou de vous plonger dans
un doux sommeil.
Faites-le taire s’il vous
promet une rencontre avec les muses et les fées. Car, en prime,
il vous apporterait des cauchemars.
Il pourra aussi bien vous vanter tout un programme de vertiges
variés, fera miroiter sous vos yeux un éventail
d’hallucinations, de lévitations, de survols du monde réel, de plongées dans le monde végétal, voire d’excursions au
cœur des volcans. Alors, surtout,
gardez vos distances.
Le pavot est fils de
Thanatos, le dieu de la mort, et Néron en a répandu l’usage.
C’est tout dire. Certes, la Romaine antique, qui apprécie sa
beauté, le porte le jour de ces noces en couronne, mais elle ne
le touche qu’avec des pincettes.
Au cœur d’un bouquet ou en
accessoire il est très beau. Mais lorsqu’il veut vous entraîner
ailleurs, c’est de votre mort qu’il vous parle : son cœur
contient de l’opium. Bien sûr, on l’aura deviné, son
parfum qui peut provoquer l’évanouissement, est stupéfiant.
Papaver « Dangereuses
tentations »
Texte :
Nicole Parrot
La
Maison Rustique, Flammarion

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