|
«
Je vous apporte la fécondité », déclare l'orchidée.
Regardez-la, observez ses deux conques encadrant un pistil
jaillissant et vous comprendrez pourquoi. Placée face au
levant, elle annonce un fils. Exposée au couchant, elle promet
une fille. Mais attention, cette belle fleur de la plus grande
famille végétale, comptant vingt mille espèces différentes,
quoiqu'elle se penche sur les berceaux, n'a rien d'une benoîte
déesse. Acceptez ses promesses de bonheur mais gardez-vous,
grisé par son parfum envoûtant, de céder à ses sortilèges.
Détournez-vous de ses racines maléfiques, « les mains de
Satan », elles vous apporteraient le mauvais sort. Comme à
Humphrey Bogart dans le film Le grand sommeil. Détective
convié à visiter une serre d'orchidée par son client, il trébuche
sur bien des cadavres avant de tenir dans ses bras l'héroïne,
la belle Lauren Bacall.
Dans
le sillage de l'orchidée, on s'attends plutôt au drame qu'au
bonheur tranquille. Drame pour la pauvre Miss Blandish, héroïne
du roman de James Hadley Chase ou passion fiévreuse pour Guy de
Maupassant: « J'ai parfois pour une d'elles une passion qui
durant autant que son existence, quelques jours, quelques soirs.
Je reste près d'elle, ardent fiévreux et tourmenté, sachant
sa mort si proche et la regardant se faner tandis que je la possède,
que j'aspire que je bois, que je cueille sa courte vie d'une
inexprimable caresse».
Ainsi,
tout au long de sa carrière, le belle chanteuse de blues
Billie Holiday l'accroche-t-elle en cascade à ses longs cheveux
ou au revers de sa veste de tailleur pour chanter My man.
Orchis
« Mystère et passion »
Source:
Textes de Nicole Parrot
La
Maison Rustique: Flammarion
|