Le lis- ou lys - cache son jeu. Ambassadeur de qui l'a choisi, tout beau, tout blanc, tout droit, et fier de l'être, il se drape de noblesse et de sentiments élevés, il chante «douceur, pureté, chasteté et renoncement». Offrir des lis, ou, plus raffiné, un seul lis- spectaculaire- c'est rendre hommage au goût et à la personnalité de la personne à qui on le destine. En gardant une certaine distance respectueuse.

Parce que les croisés qui l'ont rapporté du Moyen-Orient l'ont voué au culte de la mère du Christ, un peu de l'atmosphère mystique des églises flotte autour de lui. Il orne les autels et figure en bonne place sur les plus belles nativités comme sur les images pieuses, brandi par les vierges marchant à la rencontre des lions. Le Christ lui-même l'a chanté:

 «Voyez les lis des champs, il ne tissent ni ne filent, cependant Salomon, dans toute sa gloire ne fut jamais vêtu comme l'un deux».

Et pourtant, son parfum, l'un des plus troublants qui soit, capiteux et entêtant, grise et incite aux voluptés les plus terrestres. Il fait s'évanouir les jeunes mariées à l'heure du oui et les petites communiantes face à l'hostie. Qu'importe, faussement vertueux ou vraiment séducteur, il trône en majesté. Qu'il n'ait pas servi de modèle à la fleur de lis-ou fleur de lys-, insigne royal (de nombreux historiens d'art s'accordent sur ce point) ne l'empêche pas, depuis la nuit des temps, de régner sur le royaume des fleurs, au côtés de la rose. Et d'inspirer les poètes, comme Verhaeren qui le célèbre ainsi: « Le lis surnaturel qui fleurit la légende».

 

«Pureté en majesté» Lilium

Source: Textes de Nicole Parrot

La Maison Rustique: Flammarion

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