Le dalhia

commence par présenter des souhaits d’abondance et de faste. Il apprécie « votre beauté sans atours » lorsqu’il s’habille de jaune. Proteste de son amour- propre et demande : « ne me rudoyez pas » lorsqu’il est rouge. Il se pose des questions sur vos sentiments. Et sur les siens aussi peut-être. Attention, ouvrez l’œil lorsque ses pétales sont doubles : il vous confie l’existence d’une rivalité.

Mais il vous garde une part reconnaissance, quelle que soit sa couleur . Et, en bouquet, il demande : « le méritez-vous vraiment? »

 

Son nom mystérieux qui fait partie de son charme exotique est tout bêtement celui d’un botaniste suédois du XVIIIe siècle, le docteur Dahl.

 

Originaire du Mexique, le « dahlia liliput », tout petit, rouge ou jaune, séduit bientôt l’Europe et les botanistes s’intéressent à lui. Ils multiplient ses rangs de pétales et  lui donnent sa taille actuelle. Ils le parent de toutes les nuances, des claires au violet presque noir. Toutes sauf une, le bleu.

 

La chasse au dahlia a fait faire des folies. Ainsi, en Irlande, au XIXe siècle, alors que le peuple mourait de faim, des esthètes fortunés se ruinaient en recherches afin de l’obtenir. En 1846, la Société d’horticulture de Dublin proposait un prix de 50 000 livres (de quoi s’offrir un coquet château)  au créateur du premier dahlia bleu.

 

Cent ans plus tard, Le dahlia bleu, film de George Marshall d’après un roman de Raymond Chandler, faisait un clin d’oeil à la fleur mythique. Elle répandait son parfum vénéneux dans le sillage de la belle Véronica Lake, blonde meurtrière à la mèche platinée qui fit rêver toute une génération, des deux côtés de l’Atlantique.

 

 

Dahlia « Exigeant et fastueux »

 

 

Texte : Nicole Parrot

La Maison Rustique, Flammarion

 

 

 

© Exclusif à Florelou 2003